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3 questions sur l'Europe

 

A l'heure ou l'Europe traverse une crise sans précédent, le site Europe Consulting a souhaité interroger Céline Martin, Responsable des Jeunes Actifs UMP 94 et proche, en matière de politique européenne, du Commissaire Michel Barnier (sur la liste duquel elle figurait lors des dernières élections européennes), pour savoir quel regard portaient les jeunes responsables politiques sur cette actualité européenne, notamment sur l'éventualité de plus de fédéralisme prônée par José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, ou le rôle que doit jouer la BCE.


Vous trouverez ci-dessous, le texte complet de cette interview publiée dans la page «A la Une» d'Europe Consulting, jeudi 27 septembre…

 

Question : Est-ce que l’Europe doit obtenir plus de fédéralisme comme l’indique M. Barroso ?


Céline Martin : Un fédéralisme à marche forcée risque d'accroître le fossé déjà béant entre les citoyens et l'Europe. Le paradoxe est grand. A la question de savoir s’ils veulent quitter l'Union européenne, une majorité des Français répond « Non». Veulent-ils d'une Europe fédérale ? «Non» répondent-ils tout aussi nombreux.


L'Europe nous apporte beaucoup : la paix, un vaste espace de libre circulation, la promotion de valeurs qui nous sont chères, un poids dans les négociations commerciales... Mais le fédéralisme est une sorte de mirage qui pollue le débat européen.


La raison en est simple : l'identité européenne est trop faible pour faire naître une réelle solidarité entre citoyens européens. Pour faire accepter la solidarité européenne, il est aujourd'hui indispensable de démontrer qu'elle est dans notre propre intérêt. C'est ce que sont parvenus à faire les dirigeants européens pour maintenir la Grèce dans la zone euro. Mais quand il s'agit de mettre en place les harmonisations nécessaires mais non vitales, plus rien n’est envisageable.


Nous savons que jamais les entreprises allemandes n'accepteront, au nom de la convergence économique, une hausse du coût du travail dans leur pays. De même, les salariés français n'accepteront jamais, au nom de l'harmonisation sociale, de retarder leur âge de départ à la retraite, même si celui des travailleurs irlandais ou portugais était avancé en retour.


Sur le fond, l'Europe est une entité politique. Pour partager une monnaie commune, il faut des règles communes. Il est donc impossible de ne pas jouer collectif et préférer adopter une position de repli sur soit même, économiquement hasardeuse et politiquement dangereuse car elle ouvre la porte à tous les nationalismes exacerbés.


Reste, comme l’a souligné cet été Michel Barnier, commissaire au Marché intérieur, que nous devons aller vers une fédération européenne, car la crise a montré qu'on ne pouvait pas s'en sortir tout seul.

 

Cette perspective n’est jouable néanmoins, à mes yeux, qu’à une condition : veiller à ce que le contrôle démocratique soit normalement exercé au niveau européen pour rendre acceptables les mesures qui seront prises dans ce cadre. Cette émergence d'une réelle démocratie européenne pourrait conduire à l’élection au suffrage universel du président de l'Union Européenne.

 

Deux

 

Question : L’Europe est-elle en panne d’idée ou de crédibilité face à nos concitoyens européens ?

 

Céline Martin : C’est une Lapalissade que de dire que le citoyen français se méfie de l’Europe qu’il perçoit avant tout comme une jungle incohérente de directives imposées par des euro technocrates enfermés dans leurs bureaux à Bruxelles.


Face à la crise, la construction européenne ne peut plus se poursuivre sans l’adhésion des citoyens à un projet mobilisateur et fédérateur. Dans ce contexte je plaide pour une Europe plus proche du citoyen, plus à son écoute.


Je pense surtout que nous devons développer une vraie «culture de l’Europe» dès l'école, le collège et le lycée, pour sensibiliser les jeunes à l'importance de l'Europe. Il faut leur donner une conscience d'Europe et de citoyenneté européenne, en leur faisant d'abord comprendre les peuples européens au travers de leur histoire et de leur culture (comment comprendre l'Atlantisme de certains pays européens de l'Est comme la Pologne, sans avoir compris leurs anciennes souffrances du temps de leur soumission à l'URSS ?), en rappelant l'idée initiale des pères fondateurs, Robert Schuman et Jean Monnet, de l'union des peuples d'Europe au lendemain de la guerre pour garantir la paix des peuples, mettant en commun le charbon et l'acier, matière première de la guerre, en expliquant les avancées réalisées depuis pour en arriver aujourd'hui à une intégration économique et monétaire, à la défense de droits de l'homme et au renoncement à la peine de mort, à la préservation de libertés individuelles, à une Cour de justice européenne ...


Il convient, par exemple, de fournir une explication des institutions européennes non limitée à retenir par coeur les définitions juridiques de ces institutions et le lieu où elles siègent et à quoi elles servent, mais pourquoi et en quoi elles doivent fonctionner dans le sens de l'intérêt général des peuples et de la solidarité, en représentant ces peuples dans les décisions.


Autre exemple, il faut réfléchir à permettre aux citoyens européens d'adhérer directement à un parti européen. Aujourd'hui, le PPE (Parti Populaire Européen), le PSE (Parti Socialiste Européen), le PDE (Parti Démocrate Européen), les Verts européens, etc., sont des partis auxquels adhèrent des parlementaires eux-mêmes issus de partis nationaux et non directement des citoyens. Une adhésion directe permettrait une légitimation citoyenne et un lien direct entre les peuples et des courants politiques de niveau européen.


Question : La BCE doit elle être le moteur dynamique des états européens ?

 

Céline Martin : Le redressement des finances publiques et la prévention des risques de crise reste un impératif. Nous ne sommes plus du tout dans le débat du traité de Maastricht (pour ou contre la monnaie unique) !


La crise économique a fait évoluer les esprits vers l’incontournable nécessité de plus de gouvernance économique européenne, voire plus de «souveraineté partagée».


Cette lutte contre la crise économique passe par trois priorités : une BCE au service de la croissance, le redressement des finances publiques, une protection juridique pour les Etats en grande difficulté.


Sur le fond, la zone euro doit se doter d’un véritable gouvernement économique, capable de définir une politique budgétaire et de la faire respecter. Ce gouvernement serait contrôlé dans un premier temps par une délégation du Parlement européen et des parlements nationaux. Dans ce contexte, la Banque centrale européenne doit, elle, devenir prêteur en dernier ressort. Cela stabilisera le noyau dur de l’euro.


Mais ce n'est supportable que s'il y a des gestes pour montrer que la France reprend la maîtrise d'un destin qui doit rester national.

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